Le Mot

 

 

Le Mot 

Le mot Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites ! Tout peut sortir d’un mot qui vous sauta du cœur en y passant ; Tout ! La vérité et la tendresse. Et ne m’obligez pas que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas. Ecoutez bien ceci : Tête à tête, en pantoufles, portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle, vous dites à l’oreille du plus mystérieux de vos amis de cœur, ou si vous aimez mieux, vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire, dans le fond d’une cave à trente pieds sous terre, un mot noble à quelque individu. Ce mot, que vous croyez que l’on n’a pas entendu, que vous disiez si bas dans un lieu sourd, court à peine lâché, part, bondi, il vole.

Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin, il marche, il a deux pieds, un sel lacrymal, de bonnes ailes d’Hermès, au besoin il en prendrait comme l’aigle ! Rien ne l’arrêtera, il suit le quai, franchit la place, passe sur l’eau, sur l’air, la terre, et même par le feu, véritable crue ; il va tout à travers un dédale, droit à celui dont vous avez parlé. Il sait la clef, il monte l’escalier des nuages, ouvre la porte, passe, entre, arrive.

Et rieur, regardant l’âme en face, dit : Me voilà, je sors de la bouche d’untel, et c’est fait, vous avez ami immortel. (Texte de Victor Hugo coloré par François)