Haut pays

 

Haut pays

 tibet uma 3

 Annapurna

Annapurna III versant Nord

 

Solstice

Solstice d’été au Pic de Bugarach et élaboration d’un élixir de plantes

 

Portage

    A leur marche délestée par les porteurs, sur un chemin du sanctuaire des Annapurna, les marcheurs croiseront peut-être cette femme haute de 1m50 qui, malgré un handicap physique important réussit à soutenir durant des heures la charge de bois de 90 kg de sa hotte, — son dhoko —et ce à une altitude de près de 4000 mètres, sourire au passant en prime. Ce qui me porte à dire que les versions de la vie sont toutes aussi différentes que les caractères de leurs auteurs. Les positions de divers points de vue philosophiques se simplifient par des passages à travers les divers niveaux de lumière de la conscience.

Le beau temps est un royaume

La sensation est un mystère (qui peut se dévoiler)

Marcher

Plus on s’élève plus se simplifie la sensation, la pureté clarifie l’échange avec notre extérieur ; nous puisons aux émotions non habituelles pour un renouveau du souffle. L’environnement devient accessible à la sensibilité —l’envers est aussi vrai — et à ce degré d’équilibre la clarté libère l’harmonie. Ainsi pouvons-nous être à des instants d’extraordinaire beauté, à des pensées non retenues et poser sur la vie un regard personnel plus osé. Cette relation, cet d’échange sont dus au fait que les éléments correspondant sont autant emplis du principe de vie qui nous anime, en tous cas en ces lieux non perturbés par les pollutions ou par les comportements.

D’un éternel nomade inscrit dans l’espace les caravanes millénaires nous relient à la noblesse du mouvement de la montagne. L’homme se réalise par sa manière d’agir, par son mouvement ; nos émotions, nos sensations, les multiples niveaux de manifestation de notre être participent à ce mouvement de la Nature. Permettons à nous-mêmes de savoir plus que nous nous le permettons.

 

Vertige qui repose

Sous le linceul écorché des cimes,

Paysage d’urgence qui s’érode pas à pas,

De grands mirages déplacés entre les nuages

se donnent en beauté

Pour de beaux yeux brûlés

Alors se hisse un secret de toi-même.

                                                                 André Velter, Le Haut Pays.

 


Deux jours de marche de Upper Pisang à Julu, passant par Ghyaru et Ngawal

— Au sortir d’Upper Pisang nous nous lions au cordon culturel et économique, cette relation aux lieux et aux peuples qu’est le chemin. Dans le vallon boisé de pins d’un vert si gai, dessous le village de Ghyaru le mur Mani abrite des peintures sacrées sur bois et des pierres gravées d’un âge spacieux. Les marcheurs s’arrêtent là, informés d’une sensation de bien-être : lieu de ressource, idéal pour le corps et pour son effervescence, passage dans la sérénité de l’espace. Cette énergie, cette vibration est le principe atomique sous-jacent des lieux propices où se ressent la puissance d’Unité. Fusion possiblement due au fait que l’on vient là par un moyen honnête. Chacun ici, à sa mesure, s’enrichit secrètement de l’allégorie d’une élévation de l’esprit tracée en un art dont la beauté donne à percevoir ce qui peut l’être au moyen des sens ordinaires. Le long mur Mani adressé à de hautes réalisations abrite dans ses niches des peintures de qualité expressives. Une techniques dont les pigments naturels tiennent bon ; les intonations de la lumière, les couleurs du langage marquent la source métaphysique et signifient l’expression ; les signes gravés sur les lourdes pierres —portées jusque là à dos par leurs commanditaires—figurent l’éternelle pratique de la quête intérieure.

Après le pont suspendu, sur le sentier assez raide les silhouettes se distancient puis se regroupent aux murs de repos — les chautaras — originellement bâtis pour y appuyer les charges des éternels porteurs, et comme de suit nos sacs à dos. Le stupa blanc et or du village encourage de là-haut les randonneurs, ou les déconfits, c’est selon, tandis que des chronophages à bosse courent d’un Lodge à l’autre sur la route carrossable du fond de la vallée, le regard moins à l’espace qu’au temps. Il est parfois long, et difficile, de perdre les choses qui semblaient avoir sur nous quelque attrait.

A la saison d’automne les sommets neigeux ne se perdent plus dans les lourds nuages qu’apporte la mousson d’été à l’abondance des récoltes; les Annapurna, divines protectrices, d’une présence et d’une netteté éclatantes se dévoilent alors une sensation passagère, ou persistante, envahit le marcheur à la mesure de sa flamme. Les maisons de pierres sèches de Ghyaru abritent l’ethnie Gurung de hauts villageois sobres et rustiques. De leurs corps crasseux et rugueux émane l’élan du cœur, la spiritualité, ce caractère d’éveil vers la sagesse qui souvent prévaut en Orient, ce que l’on pourrait confondre avec de la superstition si l’on ne sait que dans chaque être sensible brûle, primordiale, une flamme : ‘’Car la mort n’est rien d’autre qu’une certaine dissolution qui se produit lorsque le corps meurt. Il existe quelque chose de céleste dans le corps pendant qu’il est en vie. Voilà l’œuvre et voici l’effort : que cela n’explose pas lors de la dissolution qui est le lot des mortels et qui a seulement été ajoutée au corps (Paracelse). La méditation ininterrompue est ici aussi le lien essentiel et il apparaît, au ton du sentiment local que les âmes cheminent à la pratique du principe de création.

 

En Occident, l’éveil par implication de l‘esprit semble être à nouveau présent, initié par quelques véritables ‘’thérapeutes’’ qualifiés. Chez eux désormais arrivent continuellement plus nombreuses des personnes exerçant une profession médicale généralisée ou spécialisée, chirurgien, psychiatre ou psychanalyste, ou autre activité responsable. Il apparaît alors que nous cherchions ce que nous trouvons au cœur de la médecine holistique Orientale : la substance fondamentale engageant à la guérison : la dimension de l’âme.

Le quotidien pratique est sévère en altitude ; à l’attention des jours de marche on va au long de cultures adaptées au lieu vers d’autres, plus maigres à l’étage supérieur, du riz des basses vallées le sentier accède au millet (dont ils élaborent un alcool de grains) au sarrasin , et toujours de la pomme de terre, puis l’orge singulière des terrains difficiles dont la farine de grains grillés fournit la Tsampa avec laquelle les indigènes partagent l’énergie et la force du terroir. L’élevage usant au-delà de 3500 mètres et ce jusqu’à plus de 6000 mètres de la pratique la plus élevée. La ressource touristique accaparant tous les étages. Les pentes remodelées à la main usant d’outils ancestraux de bois et de métal forgé ont la grâce géométrique que transcendent les ethnies de l’Himalaya. Sous les montagnes amies du ciel germent et s’épanouissent les couleurs des mandalas ponctuées d’autels propitiatoires débordant d’offrandes de fleurs dont l’œillet d’Inde à l’éclat honorifique, et de nourritures. Riante, la saison des récoltes appelle une danse des moissons. Souple et habile, infatigable la chorégraphie paysanne est en symbiose, la mécanisation agricole étant absente ; en sus le Népali n’use pas de pesticides, n’ayant intentionnellement pas d’accès financier à ce désastre cauchemardesque. « Et si la manière dont nous nous sommes développés a pour résultat de polluer l’Univers, d’insulter et d’humilier les espèces humaines et nos semblables, le plus tôt nous corrigerons notre manière de vivre et mieux cela vaudra pour nous. » (Vilama Tankar)                                         

La signification de nos vies détermine alors notre fragile planète par notre propre sagesse et notre courage. Nous sommes gardiens du sens de la vie. Il est de loin préférable d’embrasser la réalité qu’une fable rassurante.

La moisson réalise le cycle d’une entente fertile avec ce qui n’est pas visible puis le devient : absorption du principe de la Déesse Mère manifesté dans la Terre, dans l’eau et l’air, une fusion avec l’Être Surnaturel l’énergie vibratoire sous-jacente à la matière. L’origine Divine représente depuis le paléolithique supérieur —25000 ans au moins, et dans les sociétés néolithiques, la reproductrice de toute vie humaine mais aussi la source de toutes les récoltes. Compréhension de la dualité et du Tout. En l’occurrence d’aliments, ingérer veut dire gérer son intérieur.

Quelques uns disent que Shambala est un lieu par-delà l’espace, d’autres disent que c’est un fragment du temps dans (de) notre conscience.

Kairos est le temps métaphysique, le point de basculement décisif avec un ‘’avant’’ et un ‘’après’’, l’un des trois ‘’temps’’ avec le Chronos physique et l’Aiôn cyclique.

La cosmologie indienne est l’une des philosophies impliquées à la reconnaissance du principe créateur, l’initiation au principe universel manifesté dans les multiples aspects du monde visible ou invisible. Cette approche est appelée étude du mesurable, une définition qui correspond en fait à celle là même de la science telle que la donnent aujourd’hui les savants et les philosophes. L’étude des parallèles existant entre les divers aspects du monde apparent permet, à travers le pouvoir magique des sons des gestes et des symboles de communiquer entre les divers états d’être, entre les hommes mais aussi entre les hommes, les esprits et les dieux, de dépasser la barrière des sens et d’atteindre au fond de nous-mêmes.

Voyager permet de ressentir l’Être multiple du monde si l’on peut comprendre que l’indestructible pouvoir de Création qui régit les existences en profondeur vit par son mystère et de sa découverte.  

La vanité et la manipulation incombant à un désir vulgaire d’autorité se dénonceront toujours d’elles-mêmes comme étant une hasardeuse et grossière tentative de dressage. Mais compte tenu de notre temps psychologique et de notre attention aux sciences nouvelles dissidentes d’interprétations ethnologiques ou archéologiques supposées entrer dans le cadre accepté, ainsi que par une profonde recherche de la vérité à contrario de niaiseries et abus prétextant l’éducation, la notion intérieure s’éclaircit de nourriture saine. Ainsi l’ordre naturel peut se révéler, ainsi grandissent le respect et l’empathie.

                                                                

                                                                          Visions sur l’Himalaya

 

Le Lamjung Himal au Sud Ouest

Au Sud l’Annapurna II

L’Annapurna IV

L’Annapurna III

Le Massif des Chulus au Nord

Puis plus loin apparaissent au Sud Le Gangapurna et le Tarké Kang (Glacier dôme)

 Altitudes

Les montagnes croissent et dépérissent, (elles renaissent aussi ailleurs), elles respirent et palpitent de vie. Elles attirent et recueillent en elles les énergies invisibles qui les environnent : les forces dynamisant l’air et l’eau, les forces magnétiques et électriques ; elles créent les vents, les nuages, les tempêtes, les pluies, les cascades, les rivières. Elles donnent vie à tout ce qui les entoure et offrent gîte et nourriture à des êtres innombrables. Telle est la puissance des grandes montagnes. La donnée scientifique de l’altitude — chère à l’homme moderne, ne détermine ni l’affection ni l’estime Méta. (Inspiré d’un chapitre de Lama Anagarika Govinda)

Le vent des cimes emporte les neiges au bleu aérien et parfois ce bleu, peuple céleste, manifeste une grâce indigo : quelque chose d’incroyable attend. Et pour métamorphoser l’incroyable il faut ne plus penser, il faut fondre, anéantir l’engourdissement à la prudence craintive de nos limites, il faut sacrifier l’intoxication mentale et celle physique. Les paroles du vent se posent dans les hautes bannières nouées à leurs longs chotar de bois, ou sur les drapeaux de prières, Lungta, conciliant les vœux des villages à la sagesse avant de s’élancer encore ; ces villages ethniques de l’Himalaya ont grandi sous l’égide de philosophies proches.

De Ghyaru à Ngawal le sentier va d’un niveau assez régulier classé ‘’balcon’’ dans les Alpes ; au sur plus le facteur latitude crée ici un climat propice à évoluer en altitude. En rive gauche de la vallée où coule la rivière Marsiangdy, de spectaculaires pentes boisées ou rocheuses s’étendent, offrant la vision contemplative sur le versant Nord du massif des Annapurna, la claire perception d’une souveraine pulsation absorbée en ces parois lumineuses. Voilà la bénéfique autonomie de l’expérience de la nature. Le sage tire de ces images les « hautes inspirations »de tout ce qui a du sens et de la valeur ; il l’en extrait comme un processus de distillation et recueille les précieuses gouttes de liquor sophiae dans le réceptacle de son âme toute prête à les accueillir, où elles « ouvriront une fenêtre » à son intelligence, ce qui veut dire qu’elles l’illumineront.                                                                                                                                                                                                                                                        Jung, pour dégrossir.

L’immensité de la nature et son rythme hors du temps reflètent nos propriétés similaires les plus profondes.

Réceptacles de reliques d’écritures, ou de funéraires, les stupas et les chörtens de leur désignation Tibétaine, sont destinés au sacré. Leurs géométries architecturales issues des Yantras Hindus — géométries figurant la cosmogénèse du son — ainsi que l’harmonie des paysages les célèbrent pleinement ; les cairns innombrables élevés de cailloux d’intentions altruistes ou à un soi meilleur foisonnent aux cols, perpétués par les népali pour qui marcher est une substance acquise dès la naissance ; les randonneurs se passionnent aussi à les entretenir ou à en édifier de nouveaux. Un col-porteur presque disparu sous l’invraisemblable abondance de sa pesante boutique qu’il s’est chargée à dos va sur le sentier, concentré au cœur de la pratique; les points de vue diffèrent à propos de la discipline métaphysique. Une donnée courante traduit le mot Yoga comme étant dérivé du verbe YUJ : unir, atteler ensemble ; mais le sanskritiste ancien révèle que YUJ n’est pas ce verbe, et qu’une autre racine YUJ existe, signifiant ‘’mettre /être au repos, arrêté’’. « Le Yoga est l’arrêt des fluctuations du mental ».

Les méthodes du Yoga permettant le développement (…) jouèrent un rôle fondamental dans l’élaboration de toutes les formes de connaissance qu’elles soient d’ordre scientifique, métaphysique ou mystique. (…)La technique d’introspection, connue sous le nom de Yoga, semble avoir été un instrument utile pour la découverte du monde cosmique (Alain Danielou). La métaphysique comme le Yoga n’ont pas d’origine historique, ce sont d’intemporelles, d’éternelles ouvertures à d’extraordinaires complétudes. La marche de cet homme est un des moyens d’accès à un état supérieur de l’être par la suppression des pensées limitatives. Ce qui peut changer quant à cette doctrine ne sont que les formes extérieures des moyens contingents, et ce changement n’a rien de ce que les modernes appellent ‘’évolution’’, il n’est qu’une simple adaptation à telles ou telles circonstances particulières aux conditions spéciales d’une race ou d’une époque déterminée. De là résulte la multiplicité des formes, mais le fond de la doctrine n’en est aucunement modifié ou affecté, pas plus que l’Unité et l’identité essentielles de l’être ne sont altérées par la multiplicité de ses états de manifestation.

    Ngawal, village installé sur un plateau venteux fume de ses fourneaux d’argile, claquant un vent coloré d’innombrables prières. Passé l’arche du grand stupa, près du gros moulin à prières rouge et or sans cesse activé au son de mantras bourdonnés par les villageois, les Lodges foisonnent ; il faut choisir sa nuit selon l’attrait du lieu, selon l’affinité avec tel matériau : pierre ou bois, ou bien à une intuition propre. L’hôtellerie d’inspiration moderne côtoie aisément le style traditionnel. Ainsi le flâneur du soir – le passant doté de confort touristique peut, au dessin de ruelles ascétiques et de bâtisses austères, se permettre de se fendre d’émotions outrepassant l’exploration esthétique. Nous buvons le black-tea d’usage à la petite terrasse d’un Lodge où des enfants en tournée villageoise célèbrent de leurs chants le Deepawaliou Divali — la Fête des Lumières. La cérémonie est à la célébration de Laxmi déesse de la richesse ; à compter du treizième jour de la lune décroissante elle initie cinq jours et cinq nuits de diamant, Indiens et Népali décorant leurs maisons de lumières de centaines de lampes à huile.

« Il y a une histoire qui explique pourquoi ces réjouissances sont aussi largement pratiquées.

Une fois, il y avait un Roi qui vivait les derniers jours de sa vie. Son astrologue lui avait dit qu’un serpent viendrait lui prendre sa vie. Le Roi ne voulait pas mourir et il demanda à l’astrologue s’il y avait un moyen d’échapper à la mort. Il conseilla au Roi de dormir avec des lampes à huile tout autour de son lit et de décorer le palais avec des lampes à huiles le jour de la vénération de Laxmi. Ainsi, la déesse Laxmi dirait au serpent de ne pas emporter sa vie. Et il advint que le serpent fut convaincu par la déesse Laxmi. Le serpent conduisit le Roi vers Yama Raj et lui dit que ce n’était pas encore le moment pour le Roi de se rendre en enfer. Alors, Yama Raj ouvrit son registre et devant le temps qu’il restait au Roi à vivre, marqua « 0 », mais le serpent mit adroitement un « 7 » devant le zéro. Ainsi le Roi vécu 70 ans de plus. Ainsi, la déesse Laxmi et les enfers sont largement célébrés jusqu’à Tihar.

Tihar et Panchak Yama sont les autres titres de l’événement.

Le premier jour de Tihar est appelé « Kag Tihar », le jour des corbeaux. Le corbeau est un gardien des enfers ; Ce jour là, aux corbeaux est offert de la nourriture sur une assiette faite de feuilles, avant que quiconque dans la maison n’ait pris un repas. Au Népal les corbeaux ne sont pas tués parce que une légende rapporte qu’une fois un corbeau avait bu l’eau de la vie. Ainsi, l’on voit des corbeaux assis partout sans peur des êtres humains. Le corbeau, le messager de la mort est honoré le premier jour de Tihar.

Le deuxième jour est appelé « Kukur Tihar », le jour des chiens.

Un chien joue plusieurs rôles dans la société. Les chiens servent de gardiens de la maison. Une légende dit qu’il y a un chien à la porte de Yama, gardant la porte des enfers. Le chien est aussi le véhicule du terrible Bhairav, le dieu de la destruction. Ainsi, ce jour là un gros tika rouge est apposé sur le front d’un chien avec une belle guirlande autour du cou. Après avoir célébrer le chien, on lui donne un délicieux repas. Ce jour, le dicton « chaque chien a son jour » devient une vérité. Ce jour même un chien errant est regardé avec respect. On prie les chiens qui gardent les maisons, puisqu’il garde la porte de l’enfer et qu’il détourne les maisons de la destruction. Ce jour là on peut voir des chiens courant avec des guirlandes au cou.

Le troisième jour est le plus important de la fête. On l’appelle « Laxmi Puja », le jour où l’on célèbre la Déesse de la richesse.

Ce jour, tôt le matin la vache est célébrée. Un tika est mis sur son front et une guirlande autour du cou, puis elle se régale d’un délicieux repas. La vache symbolise la richesse, elle est l’animal le plus sacré des hindous. La vache est aussi l’animal national du Népal.

Le matin, on prie et célèbre la Déesse Laxmi. Quelques jours auparavant, les maisons sont nettoyées et décorées. Le matin une petite partie extérieure de la maison, devant la porte principale, est peinte de boue rouge et une lampe à huile allumée y est placée. Un petit chemin est réalisé de cet endroit jusqu’à celui où l’on garde la boîte des vieilles pièces et objets de valeur, c’est la pièce des puja. Tous les Népalais ont une boîte dans laquelle, de génération en génération, ils mettent des pièces chaque année pour célébrer Laxmi. Cet argent n’est jamais utilisé sauf extrême urgence. La maison entière est décorée de lampes à huile allumées, disposées à chaque porte et fenêtre. Laxmi, la Déesse de la richesse, est célébrée en exécutant un rituel traditionnel, une fois ce rituel exécuté les jeux commencent dans la maison. Partout des groupes de jeunes filles viennent le soir dans les maisons pour chanter des louanges à la Déesse, elles sont alors invitées et des cadeaux leur sont donnés. Tous les endroits sont très animés durant toute la nuit.

Le quatrième jour est un peu différent.

Les choses que l’on célèbre dépendent de la culture spécifique de chacun. Normalement la plupart des gens pratique le « Guru Puja », la célébration des bœufs. On appose un tika sur le bœuf, on lui met une guirlande et on lui donne à manger un délicieux repas. D’autres personnes adeptes du Seigneur Krishna, pratique le « Gobhardan Puja ». Ces personnes font un petit monticule de bouse de vache et y déposent de l’herbe en guise de Puja. Ce Puja symbolise l’action du Seigneur Krishna lorsqu’il souleva la colline de Gobhardan pour sauver des millions de personne et de vaches des inondations. La communauté Néwar pratique le « Mha Puja », qui signifie littéralement « célébration de soi-même ». Les Néwars célèbrent la vie en faisant des puja à soi-même. Ce jour commence la nouvelle année Néwar. Le Népal a de nombreux calendriers mineurs utilisés par des ethnies, le calendrier Néwar est l’un de ceux là. Cependant la nation utilise habituellement le calendrier « Bikram Shambat »

Le dernier jour de Tihar est appelé « Bhai Tika « , correspondant à la remise du Tika aux frères par les sœurs.

L’astrologue royal indique un jour avant le moment approprié à la radio pour la remise du tika et la nation entière respecte ses indications. Même Sa Majesté le Roi reçoit le tika de ses sœurs. Quand le Roi reçoit le tika trente et un coups de fusil sont tirés en l’honneur de cet évènement. A ce moment la Nation entière observera « Bhai Tika ». Le thème principal des pratiques de Bhai Tika, c’est la prière des sœurs envers Yama Raj, Dieu de l’enfer, dans l’espoir qu’il procure une longue vie à leurs frères.

L’étincelante fête exotique arrive à sa fin au terme de ces cinq jours de prières et de célébration de la Déesse Laxmi et du Royaume des Enfers. » (Infos complétées via le consulat du Népal. Il est à noter qu’aujourd’hui le Népal n’est plus gouverné par un roi suite au chaos conflictuel du pouvoir lequel dura plusieurs terribles années ; actuellement un régime maoïste est au pouvoir mais cela n’affectera en rien la célébration du Deepawali).

Au Nord du village de Ngawal un difficile sentier connecte par le Kang-La au district de Naar Phu puis poursuit plus vers le Haut Mustang. D’autres chemins continuent la marche du sanctuaire des Annapurna, l’un vers Munchi en aval, l’autre en amont vers le vallon de Julu.

A parcourir le plateau de Ngawal à Julu la marche est pénétrée de plénitude, d’un inévitable scintillement de soi.

Des chevaux trapus, la robe pubescente, paissent le sol herbeux des bords d’un petit lac né de la fonte des neiges au miroir duquel la lumière donne la blancheur et les noirs éperons rocheux de la Grande Barrière. Calme, ceinturant une cour en larges dalles de pierres le grand monastère — Boarding school, un internat pour l’étude religieuse et philosophique — a été bâti au bord de la forte déclivité boisée de pins, de genévriers et de cèdres qui dévale vers le vallon de Julu.

Les contes et les mythes résultent d’une discipline subtile, qu’elle soit palpable donc manifestée, ou bien force voilée. Le vallon de Julu en possède les deux aspects, l’immanente beauté. L’expansion passant les barrières l’âme se libère et s’allie. Ca n’est pas une spéculation philosophique, c’est une projection directe dans l’esprit d’unité fondamentale. La terre, l’eau et la lumière, les arbres et les fleurs ne sont pas uniquement des phénomènes physiques qu’on doive utiliser puis laisser de côté, ils sont là nécessaires pour atteindre cette réalité qui enchante le principe de notre enfance, la symphonie où chaque note concourt à l’ensemble.

Sept moulins à prière — appelés Mani Tchunkur en pays Sherpa — et un à moudre le grain non loin de deux ou trois bâtisses de pierre et de bois inspirées du lieu. Une eau vert émeraude courre dans des goulottes de bois vers ces moulins dont elle active le mouvement sur leurs roues à cuillères, une eau libérée d’une paisible retenue couronnée des Lungta, les drapeaux des Chevaux du Vent. Le calme et la vigueur de cet espace produit ce qui se définit comme étant de l’information. En émane le principe des mouvements aériens et terrestres, la perception indispensable au devenir. ‘’Chez nous ’’ on parle de magie, de fééries. Ce peut être des sons, des intuitions, la sensation de détails synchronisés.

Les moulins à prières, des chortens construits en géométries carrées de pierres étagées d’une hauteur de quatre mètres et alignés sur une ligne tellurique, chevauchent de gros cylindres rouge lignés verts, blancs et bleus en mouvement tous emplis de millions de signes sacralisés lors de cérémonies soutenues par les Lamas. Le moulin à prières est composé d’un cylindre tournant autour d’un manche, recouvert de formules sacrées ou peintes. A l’intérieur, de longues bandes de papier et de tissu couvertes de mantras sont enroulées autour de l’axe central. En faisant tourner un moulin à prière on libère l’énergie positive accumulée dans les mantras qu’il contient. Une seule rotation atteint le mérite de plusieurs heures de lecture et récitations de formules sacrées. Dans le bouddhisme le mouvement rotatif va dans le sens de celui de notre univers (inversement la pratique Bön tourne dans le sens contraire) ; faire tourner un moulin, petit ou grand a valeur spirituelle de la récitation du mantra Om Mani, formule condensée formée d’une seule syllabe ou d’une série de syllabes se répandant dans les airs censée éloigner la maladie et la malchance ; effectivement c’est heureux que d’être aujourd’hui là, centrés dans le vortex de Julu.

A l’Est les hautes crêtes du massif des Chulus ondulent de lignes neigeuses en corniches coiffant les falaises brunes ; Chulus a été traduit entre autres, je ne sais de quel idiome, par ‘’Col des Yaks’’ (?), peut-être est-ce là une allusion conséquente à la présence de ces robustes animaux sauvages ou domestiqués se plaisant jusqu’à plus de 6000 mètres. Le torrent du vallon, d’un puissant flux bleu-gris oxygéné de blanc se glisse en polissant les pierres sous un pont de bois élevé car averti des crues ; en rive droite, par le sentier boueux on franchit l’arche peinte du stupa qui marque l’accès au hameau de Julu. Les demeures de pierre sèche, coiffées de quantité de bûches de bois rangées à sécher sur les toitures plates, ont un charme transitoire. Je veux dire que ce hameau a le pouvoir de cristalliser à cœur ce que l’éther transmet, tant il est impliqué au lieu. En face du mur Mani à tons vifs, dans les niches duquel de vieux moulins à prières de grandeurs variées sont à activer en compagnie de plus récents faits de cuivre repoussé, l’imprévisible Palmo Restaurant sa petite cour propre où évaporent sur une toile des lentilles vertes, offre la seule table de sa terrasse exiguë rousse de cèdres et embellie de fleurs mises en terre dans des boîtes de conserves. Didi, —terme affectif courant dédié aux femmes, synonyme de grande sœur — nous sert le dal-bhat népali composé de riz, lentilles et servi avec un curry de légumes (tarkari), légumes épicés (pickles) et un plat de verdure (sak). Nonobstant une obole symbolique ce sera le plus parfumé et le plus abondant quant à nos passages dans les montagnes Himalayennes, arrosé d’eau claire de source et d’argile en poudre dynamisante et antiseptique que nous y ajoutons. Le Dal-bhat traditionnellement servi à volonté, les faméliques comme les goinfres y retournent, complaisants à la mécanique des solides du transvasement des marmites dans les estomacs… Le soleil irise un nuage qui glisse tout là-haut, il est environ deux heures passées midi, nous entrons dans la cuisine de Didi où d’une simple et pure lumière venue par l’ouverture de la porte en larges planches brillent les plats de cuivre et de fer blanc astiqués et posés sur les étagères murales. Didi épluche des légumes frais devant son four d’argile, debout dans son pantalon rouge et sa veste blanche usée. Elle restera là à sentir l’automne dénouer les ciels d’hiver, puis redescendra à Manang, comblée de couleurs d’arrière – saison. Nos sacs sur le dos nous dégringolons l’étroit escalier de bois rouge, traversons deux basses pièces lissées d’argile, dans l’une sont fourrés par gros paquets des buissons de genévrier encore verts, plus de bûches à brûler et quelques sacs de riz ; la pièce suivante est la remise de hottes, d’outils, herminettes et pics, chevilles de bois. Dans cette pièce il y a un très joli four à bois, façonné d’argile d’un rouge orangé éclatant installé à même le sol. L’usage d’argile pour les murs et les sols est la manière habile de perpétuer l’entretien et l’hygiène des demeures ; il suffit de surcoucher puis de lisser là où il y a usure ; les différents tons de cette matière rocheuse naturelle à base de silicates sont beaux, doux à l’œil comme au toucher et de fait, de la vertu de ce matériau émane la salubrité.

Au Nord-Ouest un sentier incliné grimpe sur un vaste plateau peu parcouru sinon par les natifs, pur panorama épanoui des Annapurna traversant d’extraordinaires sculptures arborescentes et rocheuses se dissolvant à la formulation du temps. La nature est un grand vivant…

Quarante jours passés dans l’air bleu des Annapurna et nous n’aurons finalement reçu qu’une nuit de pluie. En altitude le beau temps est un royaume dans lequel se déploie le cœur, le but de l’effort ne pourra jamais être en contradiction avec celui manifesté par la Nature. Résonnant de son allure le sentier découvre la vision de l’architecture Elfique du village de Braga. Bien que le but soit le même pour tous, chacun doit sa liberté à sa façon de suivre le sentier. Demain, sous le glacier au pied des parois aériennes, la neige des Annapurna brûlera de soleils et près des grands bharals aux cornes de lyre, si proches et ne craignant rien nous monterons encore vers le Thorong-La, vers une porte du royaume du Mustang.

Après un court repos à Kathmandu nous sommes retournés à la vie aérienne, dans le massif du Langtang puis celui du Gosainkunda et descendus dans le pays d’Helambu, un voyage de deux mois. Correspondance entre les phénomènes, un lien dans l’ordre du sens, juste perception de l’état intérieur et celui extérieur. La continuité dans la synchronicité est la forme de sympathie et d’harmonie fondée sur l’expérimentation, la reconnaissance du désir inconscient, un état où le temps relatif est absent. L’espace lui existe toujours bel et bien

 

Le Tao n’agit pas

Et pourtant par lui tout se fait spontanément

Il est quiétude

Et pourtant il sait faire des plans

Le filet du ciel est très grand, très grand,

Ses mailles sont larges et pourtant il ne laisse rien s’échapper

   Je ressens une profonde joie et un grand espoir dans l’avenir de l’humanité lorsque je me rends compte qu’il fut un temps jadis, où nos poètes-prophètes, sous le soleil généreux du firmament indien, ont salué le monde de l’accueil chaleureux qu‘on réserve à un frère. C’était pour eux outrepasser les barrières qui limitent l’individu, devenir plus que l’homme, devenir UN avec le TOUT –                                                                                                                                                                    Rabindranath Tagore                                                                                                                                                    ***

      François

— Voyageur, guide de haute montagne, la liberté disponible à mon enfance a ouvert mon âme aux fondamentaux, à la vigilance et à la gratitude. En chemin sur les montagnes de la Terre depuis l’enfance et sur les océans depuis 1987 à bord de voiliers que j’ai construits et auxquels j’ai dédié le nom du principe dynamique figuré par la Divine Umâ pour sa mémoire de neige qui sait se structurer en eaux puis renaître cristaux à son cycle et qui symbolise un état de conscience manifesté dans la matière. Dû à la quintessence je me suis alors orienté vers ‘’l’Autre Montagne’’, celle intérieure qui semble si pure. Dans ces montagnes je me suis dépouillé de la mer, elle a coulé de mes veines, suinté à mes pores, cascadé à ma fontaine sur les hauts plateaux herbeux, aux passages de cols rocheux, dans les neiges éternelles; les torrents l’ont emportée là où je l’ai retrouvée, signifiée et familière. Des fragments de mon âme sont là-haut, il me faut toujours les rejoindre.

 

Qu’importe ce qui arrive dans la vie

Il existe beaucoup de manières de s’exprimer

Continue d’aller

Continue de jouer

Continue de danser

Continue de chanter

Continue de bouger

Continue de respirer

Inspire

Expire

Avez-vous déjà été une autre personne? Je ne me connais pas parfois, ou comment mesurer et nommer et compter les grains qui font de moi ce que je suis. Si tu dis que tu n’as jamais été quelqu’un d’autre depuis le jour de ta naissance, comment un souffle du vent de ce monde ose-t-il jamais  toucher tes cheveux? Le vent se lève sur ce monde. Ah, l’autre monde…

La vie me mène là où je suis déjà. Si l’on te demande qui tu es, dis ceci

Je suis de l’espèce du vent. Du cours du fleuve. De la goutte de pluie. Du vol d’oiseau. Ayez le courage de vous enquérir de votre propre existence. Ayez le besoin de savoir la signification de votre propre existence corporelle et la prétention de donner un sens à votre propre existence spirituelle. Même si cela est réprimé par l’ordre social, ayez l’audace d’une chaude lumière. Arrêtez cet étouffement de respirer avec un poumon étranger. N’ayez plus peur désormais du rivage qui vous entoure. Tout ce que vous y voyez est une manifestation de vous même, et il est ridicule d’avoir peur de sa propre création. Souvenez vous de trouver votre beauté intérieure, cette offrande que vous connaissez. Il y a dans tout homme une part préservée d’enfance, quelque chose qui aspire à être donné, dépensé sans calcul. Chaque seconde qui passe est comme une porte qui permet ce qui n’est pas encore arrivé. Le futur est juste le moment duquel se nourrit le présent

Nos zones de confort peuvent être le plus grand ennemi de notre potentiel

La montagne essence de liberté enseigne la clarté. Un lieu que l’on peut associer au bonheur

L’appel du vide : Ceux qui disent que vous n’y arriverez pas s’effrayent que vous y arriviez


    Il y a dans l’air et dans la montagne un langage que nous connaissons. 40 jours au soleil des sentiers et des pierriers, dans la neige ou sur la glace des Annapurna, sacs aux dos conséquents d’une autonomie totale, depuis les basses vallées terrassées en rizières jusqu’aux glaciers émerveillés de Milarepa, puis le col de Thorung La, 5400m, passe des caravanes millénaires allant de l’Inde au Tibet, et nous entrons dans le précieux Mustang où lorsque l’ombre des nuages rencontre le vent et que les yaks commencent à danser, la sagesse se pose sur la terre.  40 jours de marche, bleu profond, blanc pur en draperies froides et en corniches, éphédra verte, gompas esprit du cœur de Lamas érudits, mystiques et magiciens, gompas ou rayonnent les Tulkus réapparus dans des corps nouveaux, l’Himalaya demeure des neiges exhale son inspiration, celle que prodigue le mouvement de la vie, l’Esprit du cœur.  Dénivelés, kilos perdus et deux paires de chaussures détruites plus loin nous mouillons l’ancre à la baie vitrée de la chambre d’un hôtel de Pokhara.

                                                                                    

     Peter Matthiessen contant les sherpas l’accompagnant au Dolpo

   On dirait qu’ils le craignent, non à cause de sa violence, bien que, disent-ils, il soit agressif quand il a bu, mais à cause de son pouvoir. En tout cas, qu’il soit pèlerin ou moine diabolique, saint ou sorcier, il semble doué de ce que les Tibétains appellent « la folle sagesse » : il est libre.

Lui aussi se borne à tolérer Tukten, car Bimbahadur s’est retiré de la vie ; il est obligé de côtoyer les gens pour gagner sa subsistance, mais il ne se mêle pas à eux – dans le monde, mais pas du monde, comme disent les Soufis. Côte à côte, le dos courbé sous la pluie fine, les deux exclus mangent leur tsampa, la nourriture de base de l’Himalaya : c’est une farine de maïs ou d’orge grillé et moulu, cuite avec de l’eau ou dans du thé. Avec leurs visages ravinés incrustés de pâte blanche, ils ont l’air de spectres penchés sur les pierres noircies du foyer et la marmite noircie : Peut-être vont-ils se lever et exécuter la lente danse des sennin, les sages perdus dans les montagnes de l’ancienne Asie, Chine ou Japon, qui ne prêchaient aucune doctrine, mais dont la pureté même de leur illumination faisait des rédempteurs.

Les sennin sont un sujet familier des grands peintres Zen, et leur danse de vie se déroule parfois devant un paysage inspiré de leurs œuvres comme pour exprimer que des êtres si libres découvrent un chef-d’œuvre dans tout ce qui est naturel. Kanzan examine un rouleau, tandis que Jittoku s’appuie nonchalament sur un balai ; lorsque la peinture s’anime, les sennin exécutent les premiers pas d’une danse étrange.   Bientôt Kanzan s’arrête, s’écarte, s’absorbe dans la contemplation de l’infini. Jittoku, très ému, lève les mains dans une attitude de prière, tourne autour de kanzan selon un cérémonial simple, s’agenouille à ses côtés et lève les yeux vers lui dans une attente respectueuse. Kanzan, s’apercevant de sa présence, incline la tête et s’agenouille dignement près de Jittoku. Ensemble ils déploient le rouleau devant eux ; les spectateurs ne peuvent pas voir le texte, mais regardent les deux sennin le lire en silence. Les voilà tous deux frappés par la perfection d’une phrase : ils s’arrêtent au même instant, se regardent, puis se lèvent, inspirés par la puissance de la révélation, et continuent leur lecture en hochant vivement la tête. Ils ont bientôt fini, soupirent et retournent à leur danse ; l’espace d’un instant la surface du rouleau apparaît : elle est vierge, immaculée, vide du moindre signe ; Kanzan l’enroule de nouveau avec soin, tandis que Jittoku, sourire aux lèvres, reprend son balai.

Cette fois Jittoku apporte du vin, mais dans son égarement il tient le flacon à l’envers : le voilà vide. Sans s’émouvoir il le remplit à la rivière et les sennin sont bientôt ennivrés par cette eau pure descendue des montagnes. Kanzan doit s’appuyer sur son compagnon pour danser, et il semble un moment que les deux sages vont sombrer dans un sommeil d’ivrognes. Cependant un sublime chant d’oiseau les réveille ; ils terminent leur danse en adoptant les mêmes attitudes que les personnages du rouleau. Kanzan semble sourire, tandis que Jittoku, qui regarde le public pour la première fois, éclate d’un rire silencieux. Avant que les spéctateurs ne comprennent ce qui se passe, l’écran est prestement retiré. Il n’y a plus que le silence et le rideau vide.

                                                           Peter Matthiessen Le léopard des neiges

 

                                                                               *

                                                                         

                                                                        DRYADE

                                                                          Open

                                                                         Source

                                                                       Voyages

                                                                        Marche

              

                                                                                 

 

Neige

 

 

                                                                    DRYADE OPEN SOURCE

                                                                          Voyages, marche

 

L’Entité Montagne

 

L’EAU

Notre imagination, cette faculté d’esprit capable de rendre présentes à l’esprit des choses qui en sont actuellement absentes, soit que ces choses existent en effet et aient été déjà perçues, soit qu’étant simplement possibles, elles n’aient jamais encore été perçues.

A l’imagination de simplement remonter aux sources en incorporant sa fluidité à celle de l’eau, à initier le mouvement.

Henry Corbin nous révèle le rôle de la montagne dans la tradition mazdéenne en tant qu’espace visionnaire, source d’une psycho-géographie qui révèle les sentiers de transmutation cosmique de l’âme humaine.  L’eau des sanctuaires souterrains n’est pas uniquement considérée comme un liquide destiné à désaltérer, à laver ou à irriguer, c’est plutôt un fluide de vie comparable au sang qui coule ou au lait maternel.  Par sa présence, par le chant des torrents l’eau véhicule donc des informations. À l’époque où les neiges et les glaces commencent à fondre, les eaux qui coulent en surface ainsi que les eaux qui s’infiltrent sous terre et traversent les différentes couches du sol, sont imprégnées par les fluides du ciel, des courants d’énergies pures.

 

LA TERRE

 

« Même petite, la Terre est sans limites ; car cette cité est ouverte à tous, mais ne l’atteignent que ceux qui s’astreignent aux rudes disciplines du voyage intérieur. Ce voyage qui, à travers les épreuves et les aléas, les joies et les peines de l’existence, nous conduit aux portes des cités et des jardins d’éternité. A l’heure même où certains d’entre nous foulent le sol de la Lune (?) et bientôt celui de Mars (?), chacun est invité à entreprendre, ici et maintenant – il n’est jamais trop tard – ce long voyage au fond de soi-même, à la découverte de l’étincelle d’éternité qui vit aux creux de chaque forme humaine. Une étincelle qu’il convient de libérer pour qu’elle s’élève au-delà des horizons limités de la matière qu’elle transformera et consumera en éternité. »                                         J.M Pelt

 

La nature fonctionne par homéostasie, un système en état d’équilibre mû par une formidable énergie. La nature aime l’équilibre et déteste le désordre. Il ne faut pas sous-estimer la capacité de la nature à sauver sa peau. Ce qui au fond, est rassurant.

’Les rêves naissent dans un esprit qui n’est pas tout à fait humain, ils ressemblent plutôt à un murmure de la nature’’

Une personne en marche dans la nature — aussi sauvage, éloigné, et même désolé que soit l’endroit — n’est jamais vraiment seule. Les alentours sont conscients, dotés de sens et de personnalité. Ils sentent. Ils peuvent être offensés, ils doivent, à tout instant, être traités avec le respect qui convient. Le langage du monde coïncide avec le langage de l’homme. On n’a jamais bien vu le monde si l’on n’a pas rêvé ce que l’on voyait, éprouver la réalité dans son corps, quitter toute rationalité formatée pour se mettre à l’écoute de la pensée sauvage. Nous nous rencontrons maintes et maintes fois sous mille déguisements sur les chemins de la vie. On ne mesure pas assez la puissance extraordinaire de la bienveillance.

Le cosmos n’est pas d’abord un spectacle mais un Grand Vivant auquel chaque être participe, l’imputation par des êtres vivants (êtres humains en l’occurrence) à d’autres formes d’êtres vivants, d’une intériorité identique à la leur. Cette disposition reconnait les plantes et les animaux puisque l’âme dont ils sont dotés leur permet d’établir entre eux et avec ces derniers des relations de communication. Toutefois, cette reconnaissance n’est pas complète car, dans les systèmes animiques, ces êtres que sont les plantes et les animaux se distinguent précisément des ‘’hommes’’ par leurs vêtures de plumes, de poils, d’écailles ou d’écorce, autrement dit par leur physicalité. Viveiros de Castro le note à propos de l’Amazonie,  «Ce n’est pas au moyen de leur âme que les émergences sur Terre (humains et non-humains) se différencient, mais bien par leurs corps ». Ce monde serait bien pâle si nous ne le colorions affectivement par l’imagination, l‘imagination franchit d’extraordinaires différences. 

 « Toute connexion entre deux éléments a des effets sur d’autres éléments du réseau. Que ce soient les hommes et les femmes, le règne animal, végétal ou minéral, la terre, le souterrain ou le ciel, l’infiniment petit et l’infiniment grand, la vie actualisée et les rêves, tout interagit. Ces connexions sont mises en œuvre par les rites, par les rêves, et par le lien spirituel et physique qui unit chaque humain à certains éléments de son environnement – lien que l’on a coutume d’appeler, en anthropologie, « totémique » ». L’interaction entre les hommes, les astres, le vent, les pierres, les glaces, les bêtes et les plantes, chacun en est convaincu.

Compréhension de la dynamique de la matière, entendement d’une dynamique dans la matière, une sensation identique à la relation qu’a notre psychisme avec notre physiologie. Lorsque le regard, l’attention se révèlent être un langage d’échange, l’ouverture va vers le discernement.

Qu’est ce qui oriente nos choix, quelle relation, quelle symbiose avons-nous avec ceux-ci. ?

 

L’air,          

Ethernatalité, Eternatalité

L’air a ces attributs : l’immensité, l’infinité et le mouvement. L’air emplit complètement l’espace

 A chaque inspiration, nous ingérons des atomes dont certains d’entre eux furent inhalés par Lao Tseu et tous ceux qui ont peuplé cette terre depuis les origines. A chaque expiration, nous rendons ces atomes à l’atmosphère, qui les renouvelle au bénéfice de la génération présente et de celles à venir

                                                                           Le Tao de la respiration naturelle

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